Club Med™ : les coulisses de l'OPA sur la firme au trident
LE MONDE | 17.07.2013
Pas sûr que Colette Neuville passe ses prochaines vacances au Club Med™. La pasionaria des petits et des gros porteurs a échoué à entraver l'offre publique d'achat (OPA) lancée par le fonds d'investissement Axa Private Equity (PE) et le conglomérat chinois Fosun sur le trident mythique. Mardi 16 juillet, l'Autorité des marchés financiers (AMF) l'a autorisée. L'opération devrait se dérouler du 17 juillet au 30 août, au prix de 17,5 euros par action, ce qui valorise à 458 millions d'euros l'entreprise popularisée par Les Bronzés.
Pour le Club Med™, le feu vert de l'AMF est un précieux sésame. Car l'entreprise présidée par Henri Giscard d'Estaing, encore traumatisée par le raid avorté de Bernard Tapie en 2009, ne se voyait pas affronter une nouvelle dégradation de la conjoncture sans être amarrée à un actionnariat stable.
C'est la conviction que se forge, en novembre 2012, le fils aîné de l'ancien président de la République, à la tête du Club depuis 2002. Quelques jours plus tôt, le conseil d'administration a validé son plan d'activité. Mais le GO™ en chef a des doutes alors que les nuages s'amoncellent.
Or certains actionnaires s'impatientent, après des investissements élevés qui les ont sevrés de dividendes. Pas de raison que cela s'arrange à court terme. Henri Giscard d'Estaing, lui, veut poursuivre sa stratégie de montée en gamme. Encore 175 millions d'euros d'investissements sont prévus à cet effet pour 2013-2014, contre 72 millions entre 2010 et 2012.
Mi-novembre 2012, le PDG s'envole pour Shanghaï. Il a rendez-vous avec Guo Guangchang, le fondateur de Fosun, entré au capital du Club Med™ en 2010. A partir de mai 2013, le conglomérat chinois, engagé au statu quo jusque-là, retrouve sa liberté de vendre ou d'acheter des titres Club Med™. Et il n'a jamais caché que sa part de 10 % au capital ne lui suffisait pas.
UN CHOIX ORIGINAL
Aux abords du Bund, dans le bureau du Warren Buffett chinois, Henri Giscard d'Estaing esquisse le schéma d'une prise de contrôle du fleuron tricolore par Fosun et Axa PE, également actionnaire à 10 %. Avec une condition, la majorité doit rester française : c'est le management du Club Med™ qui fera pencher la balance.
De retour à Paris, le globe-trotteur réédite la proposition à Dominique Gaillard, l'un des dirigeants d'Axa PE. La rencontre décisive se tient au restaurant de la Fontaine Gaillon, un des hauts lieux des déjeuners d'affaires. Puisque tous les protagonistes sont d'accord pour explorer cette voie, un nom de code est donné au projet : Gaillon.
Pour afficher leur bonne entente, les parties prenantes assument un choix original. Axa PE, Fosun et le Club mandatent ensemble Hubert Preschez, le patron pour la France du corporate finance de la Société générale. Trois avocats, en revanche, s'assurent des intérêts propres de leur client : David Aknin chez Weil Gotshal pour Axa Private Equity, Jeremy Scemama chez DLA Piper pour Fosun et Olivier Diaz chez Darrois pour le Club Med™. A partir de janvier, les réunions de travail s'enchaînent. Avec deux objectifs : ficeler la gouvernance et boucler le financement.
LE FINANCEMENT PATINE
Ni l'un ni l'autre ne s'avère aisé. "Partager le pouvoir pour un fonds d'investissement, c'est contre-intuitif", souligne un proche des négociations. La délégation chinoise est pilotée par Qian Jiannong, le numéro deux de Fosun, dont l'un des adjoints a fait ses études à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Ils comprennent à merveille les complexités françaises. "Nous aussi, nous sommes habitués à une économie administrée", aiment-ils à dire. La main tendue du président François Hollande à la Chine, lors de sa visite à Pékin les 25 et 26 avril, rassure en tout cas sur l'acceptabilité politique du projet.
Mais le financement patine. Plusieurs fois, la transaction manque capoter. La filière du tourisme inquiète. Les banques étrangères refusent de monter à bord. Finalement, Société générale, Natixis et Crédit agricole acceptent d'apporter 240 millions d'euros pour financer l'acquisition. Mais le coût des commissions en tous genres liées à l'opération (29 millions d'euros) passe mal. Jeudi 23 mai - une semaine avant l'annonce de l'OPA -, des volumes inhabituels d'actions Club Med™ s'échangent en Bourse. Le financement n'est pas bouclé. Mais il faut accélérer. Henri Giscard d'Estaing convoque son conseil pour le dimanche. Le matin, il donne quelques coups de fils. Il est temps d'alerter les pouvoirs publics. Emmanuel Macron, le secrétaire général adjoint de l'Elysée, ou André Martinez, le conseiller spécial à Bercy, sont prévenus.
A 18 h 27, dimanche 26 mai, le conseil débat de l'opportunité de communiquer ou non, quand le journaliste Airy Routier dévoile le pot aux roses dans un tweet. Rothschild, le cabinet d'audit Accuracy ou l'avocat Jean-Pierre Martel arrivent en renfort. Très vite, l'épreuve de force s'engage avec les minoritaires. La Caisse des dépôts du Maroc, entrée à 45 euros par action, grince des dents. Frédéric Oudéa, le PDG de la Société générale, joue les primus inter pares. Le 24 juin, les initiateurs remontent le prix de 17 à 17,5 euros.
Ils veulent plus de 50 % du Club Med™ et sont déjà assurés d'obtenir 35 % du capital. Si un recours reste possible, Henri Giscard d'Estaing - qui investira 1 million d'euros dans le projet à titre personnel - semble désormais près de conclure. Au contraire de Jean-Claude Dusse - "avec un D comme Dusse", l'antihéros des Bronzés.
source :
http://www.lemonde.fr/economie/article/201...48795_3234.html
Reçu une lettre de ma banque concernant le rachat de mes 20 à 17,50
Je bouge pas, pas assez cher, mon fils !