La bourse:
Dopé par les rumeurs d'une entrée de Bernard Tapie dans son capital, Club Med™™™ a fait exception, progressant de 1,7 % sur la semaine.
Vos pouvez tous remerçier Tapie...

A moins que...
L'intérêt soudain de Bernard Tapie pour l'exploitant de villages de vacances relance les spéculations, mais attention à l'effet « feu de paille »
http://www.jdf.com/essentiel/2009/05/02/04...speculation.php
Numéro paru le 02/05/2009
Le Club Méditerranée profite d'un regain de spéculation
L'intérêt soudain de Bernard Tapie pour l'exploitant de villages de vacances relance les spéculations, mais attention à l'effet « feu de paille »
JÉRÔME MARMET JDF HEBDO 02.05.2009 Mise à jour : 20H48
Lundi 27 avril, l'action de l'exploitant de villages de vacances est sortie de sa torpeur, avec un bond de 6,31 % au lendemain d'un article paru dans Le Journal du Dimanche, dans lequel des intermédiaires financiers évoquaient l'intérêt de Bernard Tapie pour le Club Méditerranée.
Il est, à ce stade, difficile de savoir quelles sont les intentions du principal intéressé, lequel a refait récemment fortune à la suite du règlement du litige avec l'ex-Crédit Lyonnais. Une chose est sûre, la direction du Club Med™™™ emmenée par Henri Giscard-d'Estaing ne voit pas d'un bon oeil un possible retour aux affaires de l'ancien ministre de la Ville et président d'Adidas.
Non sans raison, car quelle est la légitimité de Bernard Tapie dans le tourisme ? Dans l'une de ses vies antérieures, l'homme s'était fait une spécialité de racheter des entreprises en difficulté, mais il n'a que peu de réussites à son actif.
Une reprise du Club Med™™™ par Tapie est-elle crédible ?
Aucun contact n'a pour l'instant été noué entre les protagonistes de l'affaire. Joint par téléphone, Bernard Tapie nous a confirmé son intérêt pour ce dossier, mais il se donne deux mois pour mieux l'étudier.
Avec une capitalisation boursière tombée à 243 millions d'euros, le Club Med™™™ est devenu une cible à la portée d'investisseurs de toute sorte, plus ou moins bien intentionnés. L'hypothèse d'une reprise est d'autant plus crédible que son capital est ouvert et doit évoluer.
Accor (6 % du capital) et KBL Richelieu (4,93 % des parts) n'ont pas vocation à garder leurs titres. Pour ne citer que le cas de l'hôtelier, le prix de revient brut des titres Club Med™™™ dans les livres comptables se situe à 52,3 euros par action, mais il a été déprécié à hauteur des trois quarts (pour tenir compte de la chute du titre).
Autrement dit, en se voyant proposer 20 euros par action pour ses titres, Accor s'en tirerait à bon compte. Bernard Tapie a donc les moyens de proposer un prix suffisamment attrayant pour monter rapidement au capital, si telle est bien son intention.
Si l'on en croit ses propos, la vente d'actifs (murs de villages) n'aurait servi ces dernières années qu'à financer des pertes d'exploitation. C'est donc la marque Club Med™™™ qui l'intéresse. Fin 2006, un cabinet indépendant l'avait valorisée pour 438 millions d'euros, soit 22 euros par action.
A moins qu'il ne s'agisse tout simplement d'un coup en Bourse. Dans cette hypothèse, on peut imaginer que Tapie a discrètement acheté des titres. Les investisseurs ayant ensuite acheté la rumeur, ils ont fait flamber l'action. Une thèse que corroborent les forts volumes échangés sur le titre les jours précédant et suivant la médiatisation de l'affaire.
Quelle est la situation financière du Club Med™™™™™ ?
L'exploitant de villages de vacances fait face à une situation financière tendue, mais pas aussi désespérée que l'on a pu l'écrire ici ou là.
En effet, à la date du 31 octobre (clôture du dernier exercice), la dette nette s'élevait à 295 millions d'euros, soit 59,7 % des fonds propres. A la même date, le Club affichait 288 millions d'euros de liquidités disponibles, dont une partie a servi à rembourser, début novembre, un emprunt obligataire à hauteur de 152 millions d'euros. Il reste donc 136 millions d'euros de disponibilités dans les caisses. Cela n'est pas suffisant pour faire face à la prochaine échéance de remboursements fixée en novembre 2010, puisqu'elle porte sur un emprunt Océanes de 150 millions d'euros.
L'autre critique récurrente faite au Club Med™™™™™ tient dans son incapacité à dégager des résultats bénéficiaires. Si, l'an dernier, le Club a pu afficher un bénéfice net légèrement positif de 2 millions d'euros, c'est uniquement grâce aux plus-values de cessions réalisées sur Jet Tours, et sur 80 % du Club Med™™™ Gym.
La montée en gamme va-t-elle générer de vrais bénéfices ?
Au cours des quatre derniers exercices, le Club Med™™™™™ a opéré sa mue via une montée en gamme. Ce repositionnement a pesé sur la rentabilité, sachant qu'il coûte en moyenne entre 15 et 20 millions d'euros de rénover un village.
A la fin de 2008, ce chantier a été pratiquement achevé puisque la quasi-totalité des villages sont désormais classés en catégories 3 et 4 tridents, et qu'une catégorie luxe (5 tridents) a été créée. Le prix moyen des séjours a été augmenté. Avec un retour à un rythme normal d'investissement, la capacité du Club à dégager des profits dépend à nouveau directement de la fréquentation des villages, donc de l'accroissement de son portefeuille de clients.
Si, l'an dernier, le Club a séduit 61.000 clients supplémentaires pour ses villages 4 et 5 tridents, il doit faire face, depuis l'été dernier, à l'attentisme de la clientèle qui se traduit par des réservations tardives. Ce phénomène s'est amplifié au cours des derniers mois.
A l'issue du premier trimestre (mois de novembre à janvier), le chiffre d'affaires du Club n'a progressé que très modestement (+ 1,9 %), avec, en toile de fond, une baisse de 4 % des réservations sur l'hiver. Une performance à mettre en parallèle avec une diminution des capacités de 5,7 % afin d'adapter l'offre à la demande.
A présent, outre l'impact négatif de la conjoncture économique, l'épidémie de grippe porcine va forcément affecter la fréquentation des deux villages du Club situés au Mexique (Ixtapa et Cancun). A ce stade de l'année, le carnet de réservations pour la saison été est encore peu rempli. Les prochains mois seront cruciaux, mais il y fort à parier que l'été 2009 sera nettement moins porteur que l'été 2008.
De même, les opérations de cessions immobilières sont toujours au point mort. La dernière opération de lease back (cession des murs tout en conservant la gestion) remonte à avril 2007 et concernait le village de Da Balaïa, au Portugal. Les villages en pleine propriété (25 sur un total de 77) figurent au bilan, pour un montant de 754 millions d'euros.
NOTRE CONSEIL
Rester à l'écart. La spéculation sur le titre peut très vite retomber. Quant aux perspectives d'activité pour la saison été, elles demeurent incertaines (code : CU, Comp. B, SRD)