La montée en gamme est un échec
Que faut-il en retenir désormais ? Pas grand-chose.
La montée en gamme est un échec patent et telle une locomotive au charbon, ce Club "new look" dévore des capitaux. Sans plus ! Qu’a-t-il réellement apporté ? Rien dans une course au luxe ou les grandes marques hôtelières ont tout réinventé en dix ans.
Mais au-delà d’un simple constat, la force de l’humain tend à disparaître. La distance sociale entre GM et GO se tend et nuit au concept même de l’entreprise.
Le Club abandonne ses avantages comparatifs les uns après les autres. Il s’expose à la concurrence directe de ses imitateurs qui prospèrent dans le secteur des clubs, et celle, inatteignable, de l’hôtellerie de luxe. Paradoxalement son marché originel, son sol dur, connaît une expansion potentielle sans précédent.
Dans cette société nouvelle où le repli sur soi, l’individualisme et le mal vivre ensemble sont devenues des valeurs sociales admises, les contradictions apparentes abondent.
Là, où l’on dit que l'homme s’enferme, et vit devant ses écrans (TV, smart phone, tablette, ordinateur portable ou fixe…), on omet de préciser que c’est toujours pour mieux communiquer avec les autres. Le SMS un mode épistolaire universel : "T où" est le sésame de toutes relations amicales ou intimes. Facebook est devenu un enfant du Club Méditerranée.
"Ce besoin universel de la libération de l’Etre" que désirait Gérard Blitz, l’inventeur du Club, ne s’arrête pas brutalement le temps des vacances. Bien au contraire, il s’agit de transcender par de réelles rencontres ces passions tissées sur la toile.
La marque Club Méditerranée véhiculait dans le conscient collectif, y compris chez ceux qui ne l’avaient jamais pratiqué, des valeurs de partage, de fête, de rencontre, de joie pour un prix sans surprise. Club Med a tout fait pour le faire oublier.
Le luxe et la convivialité sont par nature des notions opposées
Aujourd’hui deux camps et deux conceptions survalorisent le Club pour prendre en main son destin. Le Club n’est pas mort mais il agonise lentement comme une baleine échouée entre deux mondes.
Il n’y aura pas d’homme ni de marché suffisamment providentiel, fut-ce la Chine, pour réanimer la machine à bonheur. La marque est une valeur, une survaleur de l’entreprise si elle est employée à ce pourquoi elle a été inventée.
Un seul Club pour deux visions c’est trop. En luttant inlassablement contre sa nature pour s’en imposer une autre, l’entreprise au trident est devenue schizophrène. Deux conceptions du bonheur s’affrontent, inconciliables. Le luxe et la convivialité sont par nature des notions opposées, condamnées à se séparer. Leurs clientèles aussi.
Si le monument des Villages de vacances s’affaiblit, disparaît ou abandonne son marché historique européen, un concurrent surgira. Ce n’est pas une utopie, mais une hypothèse possible tant le marché potentiel de la formule "Club" est considérable.
La demande pour les vacances à bon prix (à budget contraint), connait une croissance régulière en Europe et en France, en atteste le succès grandissant des campings et de l’hôtellerie économique de plein air, portés par la crise.
Et tant qu’une offre adaptée à ce segment sera insuffisamment développée, cette croissance ne profitera qu'à des concurrents de la marque au Trident et à ses imitateurs, mauvaises copies, qui déprécient depuis des années l’image et la réputation de la formule Club originale.
Une filiale "Low cost", une bonne nouvelle ?
Le développement d’une filiale "Low cost" du Club, telle que l’étaient Aquarius en France et Valtur en Italie, pourrait répondre à tous ceux qui veulent prendre des vacances de proximité avec un budget serré.
Et serait une bonne nouvelle pour tous ceux qui veulent être rassurés sur la pérennité d’une histoire et d’une légende ancrées dans une culture française et méditerranéenne.
Singulièrement, ces "Villages en Méditerranée" à l’hébergement simplifié, aux frais de structures réduits, capables de financer et de développer leur activité avec les fonds récupérés de leur exploitation, accompagnés de quelques grands anciens G.O possédants le savoir et l’histoire, pourraient être suffisants pour une renaissance de la formule magique originelle, revisitée.
Et un équilibre plus probable pour l’existant Club Med une fois débarrassé des villages qui se révèlent insuffisamment positionnés ou rentables dans le segment concurrentiel du luxe.
Alors, et uniquement dans ce cas, les clients et les G.O pourront s’y retrouver.
Dirigeants et actionnaires aussi.
Aujourd’hui, les faits sont simples et faciles à mettre en œuvre :
Le Club doit revenir à ses fondamentaux, réinventer sa convivialité et réapprendre à se faire aimer par tous et parler à tous, quel que soit le niveau social.
C’est une marque qui peut se décliner sur tous les segments du loisir. Avec des villages des plus qualitatifs aux plus simples et familiaux, où l’on tourne les pages du livre de ses vacances, et l’on fusionne avec intensité les désirs et les plaisirs de ses journées, de ses nuits et de ses soirées festives et élégantes.
Où l’on déambule au fil des jours de son séjour, dans les ateliers, les expositions, les causeries, les tablées, les apéritifs, tissant dans la fréquentation des groupes ses intimes apartés.
Le Club a encore des soutiens, des amis, des clients, en France, en Europe, dans le monde entier. Il doit leur faire confiance pour repartir.
A l’heure des réseaux sociaux, de la relation humaine retrouvée et de l’envie de créer ensemble, le Club Méditerranée est resté une idée moderne et révolutionnaire. Il doit croire en son histoire pour écrire le futur.